À l'endroit, au présent, à l'envers, à l'endroit…
Résidence - EHPAD, Bolbec - Octobre 2010, juin 2011

 

Denis Lucas : Cette résidence a-t-elle modifié ton regard sur la vieillesse ?

Cécile Raynal : C’est étrange, je m’aperçois avec ta question que je n'avais pas de regard sur la vieillesse. C’est cette résidence, ces longues rencontres tantôt silencieuses tantôt très bavardes, qui en épuisant mon regard ont fait naître ces sculptures. En même temps c'est la sculpture qui me donne un regard. Le geste du sculpteur lui même ne contient-il pas de toute façon cet aller/venue particulier, qui cherche. C’est souvent en faisant que l’on comprend ce que l’on cherche, comme si nos actes savaient avant nous ce que nous ignorons encore d'eux.

En occident, la vieillesse bien souvent nous exclue. Les maisons de retraite, en regroupant les personnes âgées dépendantes, sont devenues des lieux d’exclusion. Notre société, obsédée par la jeunesse, par le corps de la jeunesse, nous fait percevoir la vieillesse comme une malédiction, comme une maladie, un truc tabou à cacher le plus longtemps possible. Et cela me semble absurde un monde où vieillir doit se cacher.

Puisque vieillir, vivre, c'est la même chose, c’est un processus naturel, pas spécialement agréable à de nombreux égards, en particulier parce qu’il nous rapproche de l’autre bord de la naissance, mais tout autant inévitable et vital que la floraison d’un arbre ou la perte de ses feuilles.
Ce qui rend très paradoxal et contradictoire le chemin, puisque la seule façon de bien vivre c'est d'accepter la perte, constamment, accepter le mouvement incessant des vies et des morts mêlées(...)

Finalement la vieillesse je n’en sais pas grand-chose de plus, mais à travers chacune de ces rencontres sculptées j’en ai approché quelque chose, une expérience vécue, qui est pour moi l’équivalent d’une conjuration, celle de la peur entre autres.